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Présentation de son lieu de naissance

 En 1925 Saint Joseph était une grosse bourgade au centre d’un nombre important d’écarts disséminés dans une campagne au demeurant très fertile. La population vivait de l’agriculture, il y avait quelque commerce de proximité bien entendu mais pas d’industrie. La seule usine était celle de tapioca. Elle était mourante et allait fermer ses portes. Les champs de manioc laissaient la place au maïs et à la canne à sucre. Le maïs était cultivé pour l’alimentation du bétail et de la population. Les pauvres se de maïs et de grains, de légumes sec et de poids du cap importé. Les légumes verts  étaient peu cultivés sauf l’ail et l’oignon qui étaient une activité importante de la région. L’élevage était domestique, il n’y avait pas de gros élevage de porcs, de boeufs et de moutons.

 Les paysans avaient d’ordinaire un cochon ou deux. Cochons qu’ils tuaient souvent au jour de l’an, c’était la tirelire. Ils le vendaient pour avoir les recettes nécessaires pour payer les crédits. Car souvent le petit peuple vivait à crédit, crédit marqué dans un carnet. On devait régler son crédit à la fin du mois lorsque l’argent rentrait, parfois il tardait à rentrer. Le numéraire était assez rare. La vente du cochon et parfois du boeuf offrait quelque entées d’argent. Les boeufs étaient utilisés comme bêtes de trait pour les charrettes. Le paysan allait à son champ en charrette et pouvait ainsi ramener le fruit de sa récolte. Le mode de transport était rudimentaire. Il y avait deux cars qui passaient sur la route nationale qui faisait disons le tour de l’île. Ils passaient le soir et le matin.

  Les voitures particulières étaient rarissimes, quand j’ai quitté la ville en 1934 il y avait quatre automobiles. Le transport de cannes à sucre se faisait en charrette jusqu’à l’usine de Grand Bois sur la commune de Saint-Pierre. Au moment de la coupe c’était une ligne ininterrompue de charrettes avec le traditionnel fanal que l’on ne retrouve plus maintenant. L’agglomération vivait à l’écart du tumulte de la civilisation. Par exemple le téléphone était très rare, quant aux journaux il y en avait très peu dans les foyers. Je sais que mon voisin était abonné au Progrès. Dans ces villages de campagne les bazardiers avaient un rôle important. Ils assuraient le ravitaillement et recueillaient aussi les récoltes des paysans qu’ils allaient vendre à Saint-Pierre. Cette ville était le gros centre qui drainait les denrées alimentaires. Au retour les bazardiers ramenaient les produits qui nous manquaient.

 Il n’y avait pas véritablement d’animation à Saint-Joseph, juste un petit cinéma qui fonctionnait de temps à autre ainsi qu’une une fête ou une kermesse. L’animation en définitive se faisait par le travail. Les occupations journalières donnaient assez de soucis. Cela était prenant car il fallait faire face aux nécessités quotidiennes. Tout le monde s’y mettait selon ses moyens, ses forces. Vers 1930 la commune avait installé un petit groupe électrogène qui éclairait une petite partie de la ville. Seules quelques familles privilégiées avaient de l’électricité. Les autres maisons étaient éclairées par la fameuse lampe à pétrole. L’église était éclairée par des bougies pour la messe matinale.


 Etat civil

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 Je m’appelle HOAREAU Maurice, je suis née le 9 février 1922. Je suis le dernier d’une famille qui compte cinq enfants. La seule fille est morte à l’âge de deux ou trois mois de la grippe espagnole. Je suis le fils de HOAREAU Pierre et de VIENNE Julia.

 

Mes parents étaient de petits agriculteurs, ils faisaient un peu de jardinage mais surtout du maïs. La base de la nourriture était le maïs que l’on broyait. Le moulin était constitué de deux pierres qui roulaient l’un sur l’autre. Mon père broyait la ration tous les matins. Mon père en vendait si il y avait excédent de production. La récolte était assez maigre, il n’y avait pas d’engrais et la pluie parfois se faisait rare. Mon père était colon il avait droit à un tiers de la production, le reste allait au propriétaire.

Cadre de vie familiale.

 La maison était située à 100m de la route nationale au lieu dit Les Jacques. Il y avait un sentier qui y menait ce n’était pas la route goudronnée. Même la route nationale n’était pas goudronnée sauf quelques rues de la ville.Notre maison était recouverte de paille et de feuilles de lataniers puis on a installé du vétiver. C’était une petite maison, deux pièces pour cinq personnes. Mon père avait du mal à joindre les deux bouts. La vie était difficile.

 Nous n’avions pas à vrai dire de loisirs. Nous nous amusions simplement entre nous. On ne recherchait pas tellement de loisirs à l’époque. On avait des occupations comme aller chercher l’eau. Elle n’arrivait pas directement à la maison, la fontaine se situait à une centaine de mètres de la nationale. En temps de sécheresse il fallait aller jusqu’à la rivière. On allait chercher l’eau dans des bacs, et on faisait des provisions pour quelques jours. En période de sécheresse il fallait calculer l’eau pour les besoins humains et les taches domestiques. On vivait en économisant au maximum.

Les enfants étaient mis à contribution très tôt, avant d’aller à l’école il y avait des corvées comme ramasser de l’herbe pour les lapins.

Une éducation stricte.

Mes parents étaient stricts mais bon. Ils n’avaient pas à sévir, il y avait une certaine moralité. Il n’y avait pas de problèmes car on les voyait s’aimer et prier. Ils nous suffisaient de suivre leur exemple. Il y avait quelque fois des heurts entre moi et mes frères mais sans exagération. Il y avait deux écoles primaires pour les filles, une laïque et l’autre tenue par les religieuses de Saint Joseph de Cluny. Deux écoles étaient situées au centre ville, à coté de l’église. Une école primaire pour les garçons situés sur les bords de la rivière des remparts. A cette école était adjoint un cour complémentaire qui recevait filles et garçons. Les cours allaient jusqu’au brevet élémentaire car le brevet des collèges n’existait pas à l’époque. Comme j’étais maladif petit je n’ai pu aller à l’école que vers les huit ans. J’étais atteint par le paludisme. Les médecins étaient très rares, il y avait un qui venait deux fois par semaine. On n’avait pas les moyens de le consulter. Tout était payant, il n’y avait pas de sécurité sociale. On ne pouvait se payer le médecin tous les jours.

J’ai vaincu la maladie par les tisanes, par des remèdes de bonnes femmes. Pendant ce temps passé à la maison, mes parents étaient incapables de s’occuper de mon instruction car il ne savait ni lire ni écrire. J étais très fidèle à l’école, l’idée ne m’a jamais venu de manquer la manquer.L’école était loin, il fallait revenir pour manger le midi. Il n’y avait pas de ramassage scolaire ni de cantine. Il fallait jouir d’une certaine santé pour tenir le coup.Malgré mon retard j’étais quand même bon élève, je me classais dans les trois ou quatre premiers.

Le séminaire.


Une vocation.

 Ma scolarité à Saint-Joseph fut de courte durée. A l’âge de douze ans et demi, en 1934 j’ai fait mon entrée scolaire au séminaire de Tananarive. Cette vocation m’ai venu, je devais avoir trois ou quatre ans, lorsqu’un frère était venu en congés chez les voisins. Il est venu nous rendre une visite et il nous a donné à moi et à mes frères une médaille. C’est ce qui m’a le plus frappé, je me suis alors dit, je vais être frère pour donner plus tard des médaille. Après le frère est revenu et a entretenu la flamme. Si bien que vers douze ans et demi, je suis parti pour la formation. A la Réunion il n’y avait qu’un petit séminaire pour les prêtres à Cilaos. Moi je m’orientais d’abord chez les frères.

Dans la famille nous étions quatre garçons, trois sont entrés au séminaire, un seul est resté à la maison pour continuer l’œuvre des parents. Nous sommes partis très jeune, l’aîné a donné l’exemple en partant le premier à quatorze ans. Il est parti pour Cilaos.

A douze ans et demi ce fut la coupure avec le milieu familiale et avec les camarades. Je n’est pas eu le temps de lier des camaraderies qui comptent. Cela fait que je suis presque un inconnu dans ma ville.

Pour le départ il n’y a rien eu de spécial. On était pauvres et on ne pouvait pas se payer des festins. Cela se faisait simplement dans la bonne humeur et il n’y avait pas d’invités particuliers.

Les parents avaient de la peine. L’aîné Jonas été parti trois ans avant et c’était à présent mon tour et celui de mon frère. Ma mère était la touché par ces départs. Cela arrive assez souvent que dans une famille il y ait plusieurs religieux ou religieuses. Si vous lisez la vie de Saint Thérèse de Lisieux vous verrez que pratiquement toutes ses soeurs ont été religieuses. Je pense que les parents y sont pour beaucoup. C’est Dieu qui appelle mais dans la culture de la vocation les parents interviennent. Si on ne cultive pas cet appel, elle s’évapore dans la nature. Pour moi par exemple c’est parce que mes frères ont assuré le suivit quand j’ai eu ce désire que la flamme a été entretenue.

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Histoire de Maurice Hoareau.
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